SICILE


SICILE
SICILE

La Sicile est insulaire, donc particulière: son histoire fut originale et, jusqu’au haut Moyen Âge, ne se confondit pas avec celle de l’Italie voisine. Au centre de la Méditerranée, entre le bassin occidental et le bassin oriental, elle subit des influences multiples: les Phéniciens et les Grecs, les Romains, puis les Byzantins, les Arabes et les Normands s’y fixèrent tour à tour et la marquèrent de leur influence, y laissant de splendides œuvres d’art. Elle fut à la fois terre de contacts et objet de convoitise de la part des empires, lieu d’épanouissement et foyer de rayonnement de civilisations rivales ou successives.

La Sicile conserve, au très haut Moyen Âge, la situation particulière qu’elle occupait dans l’Empire romain; épargnée par l’invasion lombarde, elle est occupée pendant plus de deux siècles et demi par les musulmans d’Afrique. Avec l’arrivée des Normands au XIe siècle, c’est le Midi continental, de plus en plus distinct du reste de la péninsule, qui entreprend la conquête de l’île, d’où un ensemble territorial plus ou moins unifié, et nettement séparé de l’Italie septentrionale et centrale. Bien que les deux régions, Sicile et Midi italien, ne se ressemblent guère, bien que les hasards politiques tantôt les unissent et tantôt les séparent (les «Deux-Siciles»), on ne peut historiquement les séparer: le nom même de Sicile, que chacune revendique, les rend solidaires. Et, malgré les différences, un sort commun donne à leur histoire, à partir du XIe siècle, des courbes parallèles: profondément marqués par l’occupation orientale (musulmane dans l’île, grecque sur le continent), ces pays, prospères et remarquablement administrés au XIIe siècle, connaissent à l’époque moderne une longue décadence, qui les apparente aux Balkans ou à l’Afrique du Nord, et que n’ont pu corriger les réformes de la période des Lumières: la question du Mezzogiorno, encore attardé malgré les efforts actuels de mise en valeur, l’atteste.

C’est moins dans la médiocrité des conditions naturelles que dans l’archaïsme des structures sociales et dans les conditions historiques de la concurrence exercée par les régions industrialisées du nord de l’Italie qu’il faut chercher les raisons du retard et de la misère de la Sicile contemporaine. Comme en Sardaigne, la revendication de réformes économiques a entretenu celle de l’autonomie: l’île fut constituée en région à statut spécial dès 1948. Ni la réforme agraire, commencée en 1950, ni les débuts de l’industrialisation appuyée, à partir de 1960, sur les ressources minières locales, ni les progrès du tourisme ne suffisent à assurer le plein emploi: le chômage complet ou partiel affecte la majorité de la population active; après l’émigration outre-Atlantique de centaines de milliers de Siciliens en un siècle, la Sicile, qui compte environ cinq millions d’habitants, fournit aujourd’hui de la main-d’œuvre aux régions industrielles du nord de l’Italie et aux États européens voisins.

1. Une île dissymétrique

La disposition du relief et son armature structurale prolongent en Sicile (25 700 km2) la dissymétrie de l’Italie péninsulaire; mais l’île appartient à une province climatique différente, caractérisée par une sécheresse estivale très longue. Le bourrelet montagneux septentrional évoque l’Apennin et est interprété comme un élément d’une chaîne plissée et charriée vers le sud, effondrée dans la mer Tyrrhénienne. Les monts Péloritains forment la corne nord-est de l’île que le détroit de Messine sépare à peine de la Calabre: un élément de socle schisteux et granitique portant quelques lambeaux de couverture calcaire chevauche au sud-ouest une bande de flysch; comme l’ensemble a été soulevé récemment à plus de 1 200 m d’altitude, une trame serrée de déchirures d’origine torrentielle ajoute à la variété du relief. De Capo d’Orlando à Bagheria, l’ensemble des monts Madonie, qui dépasse 1 900 m, est fort compact en dépit de sa diversité lithologique (argiles, flysch et grès). Le relief est moins élevé (1 300 m) et cependant beaucoup plus aéré au voisinage de Palerme: de larges blocs calcaires creusés de dépressions karstiques sont séparés par des couloirs où affleure le flysch et dont l’individualisation pourrait avoir commencé au Miocène. En contrebas de ces montagnes, la côte forme une riviera isolée dont le secteur le mieux doué par la qualité des sols et la fréquence des sources correspond à la Conca d’Oro de Palerme.

Entre Trapani, Enna et Gela s’étend un monde de collines et de plateaux comparables à ceux de Lucanie: une série sédimentaire argileuse très épaisse, contenant aussi des blocs de calcaires, de grès, etc., a pénétré, étant affectée de mouvements tangentiels, divers niveaux de la série autochtone (calcaire, gypse). L’ensemble fut érodé, puis recouvert par des dépôts pliocènes argileux ou sableux avant d’être porté à plus de 1 000 m d’altitude au début du Quaternaire. Les unités morphostructurales sont menues et discontinues: talus monoclinaux, alvéoles en roches tendres, tables gréseuses, collines argileuses aux versants modelés par les franes; les mêmes éléments s’agencent en combinaisons variables à l’infini; au sud, des plaines littorales évoquent les Maremmes (Agrigente, Gela), et la côte, basse et régularisée, est jalonnée par quelques caps mous.

Au-delà d’une ligne Vittoria-Augusta, les monts Iblei, bastion sud-est de l’île, rappellent la Pouille: même netteté des lignes directrices du paysage, même contact par faille, à l’ouest, avec la fosse sédimentaire voisine, même type de série calcaire; celle-ci, dont la rigidité et la puissance appellent la comparaison avec l’Afrique du Nord, plonge vers le sud-est et donne lieu à de beaux escarpements dissymétriques où les rivières forment des gorges profondes (Raguse). Ce massif calcaire domine au nord la plaine de Catane, large fossé colmaté par des alluvions récentes où des cendres volcaniques sont interstratifiées. Le plus grand volcan d’Europe, l’Etna (3 340 m), se dresse au nord; il reste actif; la masse du cône est formée d’une alternance de cendres et de laves; des coulées fluides ont été émises plus récemment.

La dissymétrie orographique commande la répartition des précipitations: la façade nord de l’île reçoit plus de 700 mm par an, l’ensemble du versant sud, souvent envahi par des masses d’air sec d’origine africaine, moins de 600 mm; mais la sécheresse dure autant à Palerme qu’à Agrigente: cinq mois. Dans ces conditions, une seule rivière (Simeto) dispose d’un écoulement permanent; des formations végétales xérophiles s’étendent sur la majeure partie de l’île; l’olivier peut dépasser l’altitude de 900 m, et seuls les froids hivernaux liés à l’altitude expliquent la forêt de chênes caducifoliés des monts Madonie et la présence de hêtres à l’Etna.

Le temps des invasions

Au moment de la chute de l’empire d’Occident, on ne peut encore distinguer un Midi italien ; tout le sud de la péninsule dépend de l’administration suburbicaire de Rome. Économiquement, l’extrême Sud souffre d’une crise démographique et économique que dénonce Cassiodore, ministre de Théodoric, qui cherche en vain à y porter remède. La Sicile, au contraire, est prospère; elle bénéficie d’une administration particulière, rattachée au patrimoine impérial, et continue de jouir de ses antiques privilèges; les Vandales y possèdent la base de Lilybée (Marsala); mais la région la plus vivante en est l’Est, autour de Syracuse, où la majorité de la population est grecque. Aussi la conquête de la Sicile par Bélisaire est-elle très facile et ne bouleverse-t-elle pas l’ordre antique.

Le sud de la péninsule souffre au contraire de la très longue guerre de Justinien contre les Ostrogoths, surtout sous le règne de Totila (541-552). La grande peste du VIe siècle, l’invasion de Lombards, particulièrement sauvages qui, vers 570, s’installent dans l’Apennin, autour de Bénévent, puis de Bulgares dans le Molise, la conquête de la Pouille par les Lombards au VIIe siècle achèvent de créer le Midi italien: une région politiquement partagée (la côte napolitaine et la Calabre restent byzantines), très dépeuplée et profondément déprimée. La Calabre est finalement rattachée au thème (circonscription administrative) byzantin de Sicile. En fait, l’ensemble de la région sort de l’Occident: Charlemagne, malgré plusieurs tentatives, ne peut s’assurer le contrôle réel de Bénévent, où le duc a pris, en 774, lors de la chute du royaume de Pavie, le titre de prince, pour manifester son indépendance à l’égard des Francs. Salerne, en 849, puis Capoue s’émancipent pour devenir les centres de principautés rivales. Mais, au IXe siècle, c’est du sud que viennent les envahisseurs. Dès le milieu du VIIe siècle, la Sicile avait connu les raids arabes; après l’installation des Aghl bides, c’est de Tunis que vient le danger: en 827, les troupes d’Ifr 稜qiya débarquent à Mazara; en 831, la vieille cité de Palerme est prise et devient le siège d’une colonie militaire qui conquiert toute l’île (seule Taormina résiste jusqu’en 902). À la faveur des luttes entre princes, les musulmans pénètrent en Italie: en 847, Khalf n fonde l’émirat de Bari; d’autres s’installent en Campanie, à l’embouchure du Garigliano, et pillent même Saint-Pierre de Rome en 846. L’empereur occidental Louis II (reprise de Bari en 871), puis surtout Byzance à son apogée (reprise de Tarente en 880, victoire du Garigliano en 915) chassent les musulmans d’Italie, sans pouvoir empêcher les razzias maritimes qui durent jusqu’au XIe siècle. Byzance s’installe dans toute la Pouille et la Basilicate. Les raids hongrois du Xe siècle, l’établissement de colonies slaves dans le Gargano, puis les descentes périodiques des empereurs germaniques, souvent appuyés par les princes lombards, ne présentent pas la même gravité. Les différents États qui se partagent la région du VIIe au XIe siècle ont tous profondément marqué son avenir.

Très autonomes vis-à-vis du roi de Pavie, le duché de Bénévent et les principautés qui lui succèdent font durer jusqu’au XIe siècle des institutions barbares, légèrement marquées par le voisinage byzantin, mais que n’influence pratiquement pas l’organisation carolingienne; la vassalité n’y existe pas. Le prince, entouré de son «palais», est représenté localement par des gastalds . L’essor économique des Xe et XIe siècles, après le reflux arabe, et la multiplication des petites villes fortifiées (castra ) donnent à ceux-ci une puissance et une autonomie qui dissolvent un pouvoir public qui ne s’appuie que peu sur les liens personnels; les grands monastères (le Mont-Cassin, Saint-Vincent du Volturne), possesseurs d’immenses territoires, dotés de droits régaliens, aident à cette dissolution comme à l’essor économique. Après la conversion des Lombards par saint Barbatus (fin du VIIe siècle), mais surtout sous l’impulsion ottonienne au Xe siècle, un nouveau réseau épiscopal s’établit dans chaque principauté. Les cités tyrrhéniennes (essentiellement Naples, Gaëte, Amalfi) appartiennent théoriquement à Byzance jusqu’au XIe ou même au XIIe siècle. En fait, si Naples conserve quelques institutions romaines (vestiges de la curia municipale), ces villes, de population indigène, se rendent autonomes dès le VIIIe siècle. Naples (gouvernée par une aristocratie foncière qui cherche même à réduire les pouvoirs du duc en 1129-1130) a des intérêts essentiellement terriens; mais Gaëte et surtout Amalfi, coincée entre la mer et la falaise, s’adonnent au grand commerce: les Amalfitains sont installés à Antioche, à Byzance et dans l’Égypte f timide au Xe siècle; au XIe siècle, la famille de Mauro et Pantaleone fonde l’ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et expédie aux églises du Midi des portes de bronze de facture byzantine. Utilisant une monnaie arabe (le tarin d’or), Amalfi est au haut Moyen Âge le premier port important de l’Occident. Sa ruine est accélérée par la conquête normande de 1076. La Calabre et la Longobardie (Pouille, peuplée de Lombards, reconquise à la fin du IXe siècle) dépendent au contraire étroitement du basileus , qui y installe son administration: chaque province forme un thème, militairement gouverné par un stratège commandant une hiérarchie de fonctionnaires, souvent choisis dans l’aristocratie locale (bien que des colonies grecques s’installent dans le sud de la Pouille), qui parfois se révolte (Melo à Bari en 1009 et 1016); les villes maritimes et leurs alentours se développent. Vers 975, une réforme unifie les thèmes italiens sous l’autorité unique du catépan de Bari. Des moines fuyant la Sicile (comme d’ailleurs saint Nil, qui fonde le monastère de Grottaferrata près de Rome) mettent en valeur la Lucanie, où un nouveau thème se crée à la fin du Xe siècle. Quelques décennies plus tard, la frontière nord de la Pouille (Capitanate) est couverte de villes fortifiées (Troia). La hiérarchie religieuse se reconstitue avec le réseau urbain, non sans heurts entre Latins et Grecs en Pouille, en particulier au moment du schisme de 1054. Mais, au XIe siècle, l’État byzantin résiste de plus en plus mal à la pression de l’aristocratie locale, bientôt aidée par les Normands.

Dans la Sicile conquise par les musulmans s’installe le dj nd (armée): contingents arabes à Palerme, berbères à Agrigente. Très autonome vis-à-vis de Kairouan, la Sicile est durablement divisée en trois provinces: Val di Mazara, très islamisé, à l’ouest; Val di Noto (Syracuse tombe en 878), au sud-est; Val Demone, où les chrétiens ne cessent de mener la guérilla, dans les montagnes du nord-est. Le centre de gravité de l’île s’est déplacé vers l’ouest: Palerme, autour de sa mosquée, s’agrandit au Xe siècle d’une nouvelle résidence princière; entourée de faubourgs commerçants et résidentiels, et des jardins irrigués de la Conca d’oro, c’est une des grandes villes de l’Islam. Au début du Xe siècle, l’île passe, après l’Ifr 稜qiya, aux F レimides qui, en 948, y installent la dynastie d’émirs des Ban Ab 稜 al- ネusayn. À la fin du siècle, le pays, doté d’une bonne administration, est prospère. Mais, au XIe siècle, des dissensions, religieuses, ethniques et politiques favorisent les raids byzantins, puis la conquête des Normands qui trouvent en Sicile une remarquable administration.

2. Des origines à l’invasion normande

La Sicile fut peuplée tardivement aux temps préhistoriques. L’agriculture et l’élevage furent reçus de l’Orient à la fin du Ve millénaire. C’est de là aussi que vint plus tard l’usage des métaux, et, au IIe millénaire, celui du bronze: la Sicile était alors une étape sur la route de l’étain venu du nord. Les fouilles livrent de nombreux objets mycéniens, prouvant l’existence d’importants échanges commerciaux avec le monde égéen; le périple d’Ulysse dans les eaux siciliennes, selon L’Odyssée , garde le souvenir de ces lointaines navigations. Les populations se mettent alors en place: l’Est est peuplé par les Sicules, Indo-Européens proches des Latins; à l’ouest se maintiennent les Sicanes et les Elymes, descendants de peuples plus anciennement installés.

Les marchands phéniciens fréquentèrent les côtes siciliennes dès la fin du IIe millénaire et ils y fondèrent des comptoirs au IXe siècle. À l’arrivée des Grecs, ils se replièrent dans l’Ouest, à Motyé, à Solonte et Palerme. Carthage leur imposa ensuite son autorité et s’implanta solidement dans la pointe occidentale de l’île; à partir du VIe siècle, elle joua un rôle très actif dans la vie économique et politique sicilienne.

Dans la première moitié du VIIIe siècle, les contacts furent renoués entre la Sicile et le monde grec qui connaissait alors une grave crise politique et sociale. Cadets sans terres, hors-la-loi et vaincus allaient gagner les pays du Couchant, qui leur apparaissaient comme un fabuleux Eldorado. Le mouvement de colonisation, qui débuta vers 760, se poursuivit jusqu’au milieu du VIe siècle. D’abord spontané, il fut, à partir de 650, organisé par les cités recherchant matières premières et débouchés pour leurs produits. En 757, des Ioniens d’Eubée s’installèrent à Naxos, sur la côte orientale; ils s’assurèrent ensuite le contrôle du détroit de Messine; puis vinrent des Doriens: les Mégariens; les Corinthiens qui fondèrent Syracuse en 733; les Rhodiens fondant Gela. Ces premières cités grecques de Sicile créèrent à leur tour des colonies dans l’île dont les côtes furent progressivement frangées d’établissements hellènes.

L’âge d’or de la Sicile grecque (VIe-Ve siècle av. J.-C.)

Les colons apportaient leurs dieux, leur langue, les lois de leur patrie, refoulant ou dominant les indigènes. Ils ne gardèrent que des liens très lâches avec leurs métropoles. La fécondité de la terre sicilienne fut à l’origine d’une prospérité éclatante, essentiellement fondée sur l’agriculture. Les cités eurent un régime aristocratique, la terre et la politique étant le quasi-monopole des héritiers des premiers colons. Cependant se créaient des classes d’artisans et de commerçants, désireux de parvenir à la puissance politique.

En cas de crise grave, il arrivait que, comme dans la vieille Grèce, un tyran s’imposât; le plus célèbre, aussi cruel qu’énergique, fut Phalaris d’Agrigente (vers 550).

Les difficultés ne manquaient pas. Comme en Grèce, les cités s’affrontaient dans de nombreuses guerres. Les Sicules demeuraient toujours redoutables. Carthage, surtout, faisait de la Sicile un des plus importants bastions de son empire et menaçait gravement les Grecs. Ces dangers permirent, au Ve siècle, l’installation d’une nouvelle génération de tyrans. Les quatre Déinoménides, établis à Gela et à Syracuse, furent un moment les plus puissants dynastes du monde grec et sauvèrent l’hellénisme occidental. Par sa victoire d’Himère (480), Gélon écarta pour un siècle le danger carthaginois; son frère Hiéron (478-466) détruisit la flotte étrusque devant Cumes. Leurs succès mêmes rendirent les tyrans inutiles: à partir de 450 s’instaurèrent des régimes démocratiques dont la vie fut agitée. La Sicile n’était pas étrangère aux luttes politiques de la Grèce et elle se partagea entre Sparte et Athènes; l’échec d’Alcibiade dans sa tentative pour s’emparer de Syracuse inaugura le déclin de la puissance athénienne (415-413).

Le début du Ve siècle fut pour la Sicile grecque une période d’apogée: Syracuse était la ville grecque la plus peuplée; la cour des tyrans était le rendez-vous des artistes et des écrivains les plus réputés. L’un des plus célèbres philosophes présocratiques, Empédocle, est un citoyen d’Agrigente ; il répandit au Ve siècle dans le monde grec ses spéculations à la fois rationnelles et mystiques. Cependant, les villes s’enrichissaient de nombreux monuments. Sélinonte et Agrigente offrent toujours leur incomparable ensemble de temples, construits aux VIe et Ve siècles. Le mécénat des tyrans et l’orgueil des cités ont laissé des édifices magnifiques dans ces deux villes et à Syracuse. À la fin du Ve siècle, Ségeste, ville barbare alliée d’Athènes, bâtit un temple rivalisant de beauté avec ceux des Hellènes.

Les difficultés et la fin de la Sicile grecque (IVe-IIIe siècle av. J.-C.)

Le danger carthaginois reparut à la fin du Ve siècle; les cités furent ravagées, et les Puniques contrôlèrent désormais le tiers occidental de l’île. L’histoire de la Sicile s’identifie alors avec celle de Syracuse, seule capable de s’opposer à Carthage. Pourtant, toutes les tentatives d’unification finirent par échouer. Le tyran Denys l’Ancien (405-367), maître de l’île, exerça son hégémonie sur l’Italie du Sud; il répandait l’hellénisme tout en voulant dépasser le cadre de la cité et fondre les races. Il attira des intellectuels comme Platon; mais les conseils de celui-ci déplurent au tyran qui le chassa. Deux autres séjours du philosophe à Syracuse sous le règne de Denys le Jeune se terminèrent aussi mal. La Sicile grecque était alors en crise; l’énergique tyran Timoléon (344-337) s’efforça de lui rendre quelques forces. Plus tard, Agathocle (319-289) redonna à Syracuse une gloire militaire considérable mais éphémère; il sut être un roi hellénistique modèle par sa science du gouvernement et par son audace militaire: il porta ses armes de Corfou aux portes de Carthage. Ensuite, le roi d’Épire, Pyrrhus, appelé par les cités siciliennes, se crut un moment (278-276) capable d’unir toutes les forces de l’héllénisme et d’éliminer à jamais les puissances de Rome et de Carthage. Il échoua et quitta la Sicile honni de tous. Or, l’île était en train de devenir le champ clos des luttes entre Rome et Carthage.

Jusqu’au IIIe siècle avant J.-C., Rome avait borné son impérialisme à l’Italie. En Sicile, elle se heurta à Carthage et, de 260 à 241, au cours de la première guerre punique, la lutte fut acharnée sur terre et sur mer. La victoire des îles Aegates donna la Sicile à Rome. Hiéron II, allié de Rome, garda un petit royaume autour de Syracuse, et quelques cités conservèrent des franchises. Syracuse maintenait la grande tradition de la Sicile grecque; Théocrite y était né, Archimède y faisait ses découvertes. Le roi Hiéronymos, successeur de Hiéron, puis le gouvernement républicain qui prit sa place s’allièrent à Carthage au cours de la seconde guerre punique (218-201). Le consul Marcellus assiégea la ville qui se défendit trois ans, grâce, en particulier, aux machines inventées par Archimède. Syracuse tomba en 212, et un soldat tua Archimède, malgré les ordres du consul.

La Sicile, province romaine sous la République

L’île fut considérée comme le grenier de Rome à qui elle fournit des céréales et bien d’autres produits, le plus souvent gratuitement, sous la forme d’un lourd impôt en nature. Les publicains, fermiers de l’impôt, exploitaient durement les contribuables. D’immenses domaines se constituaient, au profit de riches Romains ou d’aristocrates locaux; ces latifundia étaient peuplés par de vastes populations d’esclaves qu’on faisait venir de tout le monde méditerranéen. Leur misère les poussa à des révoltes dont deux aboutirent à des guerres serviles: celle que mena le berger syrien Eunous de 135 à 132, et celle de Tryphon qui, s’étant proclamé roi, terrorisa la Sicile, de 104 à 101, à la tête de trente mille esclaves. Mille d’entre eux allèrent nourrir les fauves aux jeux romains.

Les gouverneurs de province de la République romaine furent souvent concussionnaires et pillèrent leurs administrés. Le cas le mieux connu et le plus sinistre est celui de Verrès, propréteur de Sicile de 73 à 71. Aristocrate politicien totalement amoral, Verrès ne voyait dans les affaires publiques qu’un moyen de s’enrichir: sa province fut pour lui une proie. Il vendit ses décisions de justice au plus offrant, il rançonna les contribuables, envoyant soldats et policiers extorquer des sommes énormes dont il gardait pour lui la plus grosse part. Les villes furent pillées comme les particuliers; partout, et jusque dans les temples, il rafla statues et œuvres d’art dont il était amateur. Enfin et surtout, il utilisa en bourreau ses prérogatives judiciaires, faisant mettre à mort quiconque lui résistait. En 70, après son départ, les Siciliens portèrent plainte à Rome; le procès eut lieu, malgré les efforts des collègues de Verrès au Sénat pour étouffer l’affaire. Cicéron plaida la cause des Siciliens, et Verrès fut condamné à rembourser les sommes extorquées. Il lui resta encore assez d’argent pour vivre de longues années paisibles. Cicéron rédigea les Verrines , cinq plaidoyers fictifs où il montre dans leur détail les tares et les crimes du gouverneur, ainsi que la honteuse exploitation de la province de Sicile par l’aristocratie romaine.

La République romaine était proche de l’effondrement, le régime impérial allait bientôt s’appliquer à corriger les fâcheux abus dont les provinces avaient été victimes.

La Sicile sous l’Empire romain

Dès le temps de Jules César, les Siciliens reçurent le droit latin, première étape de leur intégration dans la cité romaine; on ignore quand celle-ci fut pleinement réalisée. La Sicile fut laissée au Sénat par Auguste lors du partage des provinces, en 27 avant J.-C., mais les empereurs purent contrôler les gouverneurs et éviter aux habitants les prévarications. Les historiens romains ne parlent guère de la Sicile sous l’Empire, ce qui signifie que la paix y régnait. L’île cessa de jouer un rôle essentiel dans l’approvisionnement de Rome en blé. Certains historiens modernes y ont vu, bien arbitrairement, un appauvrissement: il faut plutôt induire de ce fait une meilleure répartition des charges entre les provinces et une diminution des impôts en nature. Les villes reçurent de somptueux monuments, amphithéâtres, thermes, gymnases. Au IIe siècle après J.-C., Apulée appelle la Sicile l’île trilingue, car on y parle le grec, le latin et le sicule. À cette époque, toutefois, la Sicile a cessé de jouer un rôle important dans la vie culturelle du monde méditerranéen.

Les Barbares et Byzance

La crise de l’Empire au IIIe siècle toucha la Sicile; sous Gallien, en 265, elle connut une nouvelle guerre servile, favorisée par le fait qu’elle restait une terre de grands domaines. En 278, une bande de pirates francs ravagea Syracuse. La renaissance du IVe siècle fut sensible dans l’île: c’est de cette époque que date la magnifique villa de Piazza Armerina, au centre du pays; récemment exhumée, elle est ornée de mosaïques qui sont parmi les plus belles du monde romain. Le christianisme ne s’implanta pas avant le IIIe siècle et il ne connut un grand essor qu’au IVe siècle; des catacombes ont été retrouvées à Syracuse.

Au Ve siècle, dans cette région comme ailleurs en Occident, l’Empire romain s’effondra sous les coups des envahisseurs germaniques. Les Vandales de Genséric, installés en Afrique depuis les années 430-436, firent de nombreuses incursions dans l’île, dont ils s’emparèrent en 468; ils durent céder la place en 491 aux Ostrogoths de Théodoric qui dominaient l’Italie. Les structures romaines subsistaient tant bien que mal. Quand, en 535, Bélisaire conquit l’île et l’annexa à l’Empire byzantin de Justinien, une certaine forme de romanité fut rétablie, ainsi qu’un lien, rappelant une histoire fort antique, avec le monde oriental de langue grecque.

3. Le royaume

L’unification normande

C’est probablement en 999, à Salerne, que des chevaliers normands apparaissent en Italie méridionale. Mais il faut attendre 1016 pour que d’autres Normands, recrutés par le pape et les princes lombards, participent aux luttes de Melo contre les Byzantins. Ce sont de jeunes chevaliers, fuyant la justice ducale, attirés par l’amour de la guerre et l’appât du gain; l’afflux, faible numériquement, continue jusqu’à la fin du XIe siècle. Vers 1030, le duc de Naples cède à l’une de ces bandes le comté d’Aversa, origine de la principauté normande de Capoue. Vers 1040, un nouveau contingent s’installe à Melfi, à la frontière de la Pouille. Il s’organise sous l’autorité des fils de Tancrède de Hauteville, s’étend aux dépens des Grecs et, après avoir battu le pape en 1053 à Civitate, lui promet fidélité. Ainsi reconnus, les Normands conquièrent la Pouille et la Calabre. Le duc Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, s’empare de Bari en 1071. Parallèlement, son frère Roger entreprend la conquête de la Sicile: Palerme tombe en 1072 et, vingt ans plus tard, l’île tout entière est normande. Robert Guiscard, protecteur de Grégoire VII dans sa lutte contre l’empereur, meurt en 1085 en tentant de s’emparer de l’Empire byzantin.

Les Normands ont ainsi constitué, d’une part, la principauté de Capoue, d’autre part, le duché de Pouille, dont le comté de Sicile est vassal. En fait, aux territoires continentaux, où duc et prince doivent tenir compte d’une aristocratie turbulente et parfois puissante, s’oppose la Sicile où le grand comte Roger Ier tient bien en main une féodalité peu nombreuse qu’il a lui-même instituée, et favorise l’immigration de Grecs de Calabre et de Lombards d’Italie du Nord pour faire pièce à l’élément musulman; nommé vice-légat par Urbain II, il recrée dans l’île un réseau épiscopal. Aussi les ducs successeurs de Robert Guiscard ne maintiennent-ils une timide autorité que grâce au soutien de leurs puissants vassaux siciliens Roger Ier († 1101) et Rober II; celui-ci s’empare du titre ducal à la mort du duc Guillaume (1127); il reçoit de plus l’hommage du prince de Capoue et la soumission de Naples. Il obtient en 1130 de l’antipape Anaclet II le titre royal: pour la première fois, Midi et Sicile sont fondus en un ensemble unique, qui s’étend des Abruzzes à Malte, et occupe même un moment la côte africaine de Tripoli à la Kabylie. Roger II, roi féodal (1130-1154), s’entoure cependant de Grecs et, après l’assemblée d’Ariano (1140) où sont promulguées les premières assises (lois générales), fait respecter son autorité en envoyant sur le continent des agents royaux, justiciers et chambriers. Guillaume Ier (1154-1166) et son grand émir Maion de Bari (jusqu’en 1160) suscitent des révoltes en pratiquant un absolutisme bureaucratique; Guillaume II (1166-1189) rétablit l’autorité royale et parfait la pyramide des agents royaux. Car le royaume, féodal dans son principe, échappe largement au réseau des fiefs. Le roi gouverne grâce à une cour qui rassemble ses vassaux, mais aussi des hommes politiques et des techniciens, surtout grecs au début, puis lombards, arabes, et même anglais. Jusqu’en 1160, le principal ministre est l’émir des émirs; ensuite, le chancelier, qui dirige un service trilingue (latin, grec et arabe), est souvent le premier des archontes (conseillers). La douane (d 稜w n ) financière, aux services complexes, entretient le cadastre; elle est peuplée de caïds arabes, dirigés par des archontes grecs. Localement, les maîtres justiciers (vice-rois sur le continent), les justiciers, connétables et chambriers transmettent les ordres royaux aux bailes et aux stratèges, catépans, vicomtes des villes.

Le royaume connaît une grande prospérité: le roi, l’Église richement dotée par les Normands, les seigneurs, les villes étendent les cultures; les relations avec l’Orient sont favorisées par les croisades: le XIIe siècle est probablement l’âge d’or de cette région, que la royauté organise sans encore l’écraser; cet essor est cependant moins vigoureux qu’en Italie du Nord. À la mort de Guillaume II, le parti national (Tancrède de Lecce) est vaincu (1194) par les armées germaniques de l’empereur Henri VI, marié à Constance, fille de Roger II. Leur fils Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), animé par l’idéal impérial qu’ont ressuscité les juristes du XIIe siècle, à la fois empereur, roi de Sicile et roi de Jérusalem, est l’une des personnalités marquantes du XIIIe siècle. Le royaume, lié à l’Empire, subit les contrecoups de toute la politique occidentale. Innocent III, tuteur du jeune roi, fait régner en Sicile un ordre sans cesse troublé par les Allemands et les musulmans. Après 1208, Frédéric II, majeur, fait du royaume la base de ses aspirations universalistes. À partir de 1220, il peut organiser ce royaume (où il passe la plus grande partie de sa vie), reprendre en main les châteaux, réviser les privilèges, mater les musulmans de la Sicile occidentale (dont une partie est envoyée à Lucera), créer en 1224 l’université de Naples qui doit former ses agents. Obligé par Grégoire IX de partir en croisade en 1228, il promulgue à son retour les Constitutions de Melfi qui réforment le royaume. Mais sa volonté de dominer toute l’Italie (il centralise toute son administration en Italie du Nord), son attitude jugée peu orthodoxe lui aliènent les papes Grégoire IX, qui l’excommunie, puis Innocent IV, qui le dépose. Il meurt en 1250 en Pouille. Au nom de son fils Conrad, c’est son bâtard Manfred qui gouverne le royaume, avant de devenir roi (1258-1266); marié à la fille du despote d’Épire, il construit en Pouille le port de Manfredonia et soutient les Gibelins de Toscane. Mais le pape, après avoir longtemps cherché, trouve un champion du guelfisme en Charles d’Anjou, frère de Saint Louis et comte de Provence. Avec l’appui des banques florentines, il s’assure du Piémont et de la Toscane, devient sénateur de Rome et tue Manfred à Bénévent (févr. 1266); le dernier prétendant Hohenstaufen, Conradin, est battu à Tagliacozzo (1268) et exécuté à Naples: la grande politique italienne de Frédéric II n’a abouti qu’à la victoire guelfe dans toute la péninsule et à la séparation définitive du royaume et de l’Empire.

Il ne semble pas que le gouvernement de l’empereur, qui réside en Pouille plus qu’en Sicile, ait été, au total, favorable au pays: les luttes des factions, la pression financière des guerres, la probable stagnation économique dans un cadre étroitement réglementé l’emportent sur les bienfaits d’une stricte administration appuyée sur l’idéal romain.

Angevins et Aragonais: la scission du royaume

Le roi angevin, qui distribue de nombreux fiefs à des Français, accentue la pression fiscale et s’établit à Naples; il mécontente les Siciliens, remuants depuis la mort de Frédéric II. Le 31 mars 1282, à Palerme, un incident entraîne le massacre des Français: ce sont les «Vêpres siciliennes»; la révolte gagne toute l’île, villes et villages se donnent des conseils: l’autonomie locale, soutenue par l’aristocratie, triomphe de la centralisation. Jean de Procida, ancien chancelier de Mandred, fait venir Pierre III d’Aragon, gendre de Manfred, qui, avec l’aide des villes gibelines, s’empare de l’île. En 1296, la Sicile, séparée de la couronne d’Aragon, passe à son second fils, Frédéric. Le traité de Caltabellotta (1302) lui donne le titre de roi de Trinacrie (le royaume angevin continental gardant le nom de Sicile). Les deux pays sont durablement séparés.

À la fin du XIIIe siècle, le royaume angevin paraît être encore un État fort: si Charles Ier ne peut reconquérir la Sicile (Charles II y est prisonnier à son avènement), il reprend la politique d’expansion de ses prédécesseurs; sa puissance au Piémont et en Toscane ne dure guère, mais il favorise la croisade de Tunis (1270) et contracte des alliances matrimoniales avec plusieurs familles franques d’Orient (Jérusalem, Achaïe) et avec la dynastie hongroise. D’où, après la mort du roi Robert (1309-1343), protecteur de Boccace et de Giotto, à qui succède sa petite-fille Jeanne Ire, d’interminables luttes entre les branches angevines de Hongrie, de Tarente, de Durazzo: Jeanne épouse André de Hongrie, assassiné en 1347, puis Louis de Tarente, avec qui elle doit fuir devant l’invasion hongroise au moment de la peste noire (1348). À la fin de sa vie orageuse, Jeanne choisit comme successeur Louis d’Anjou, frère de Charles V de France, contre Charles de Durazzo, dont le fils Ladislas est cependant le dernier grand roi de Naples. Ses guerres contre le souverain français Louis II se greffent sur les luttes de la fin du Grand Schisme; sa politique italienne (il prend Rome en 1404 et 1413) et hongroise, sa brutalité envers l’aristocratie rappellent Frédéric II. Le règne de Jeanne II (1414-1435) n’est qu’une longue suite de mêlées confuses. En 1442, Alphonse d’Aragon s’empare de Naples; les deux Siciles sont toutes deux dominées par les Espagnols.

La stricte administration des premiers Angevins et la réaction monarchique de Ladislas n’empêchent pas l’aristocratie de se multiplier et d’étouffer les autres catégories sociales. Le dirigisme économique, hérité des Hohenstaufen, s’exerce de plus en plus au profit des puissances commerciales de l’Italie du Nord, qui font du royaume une colonie dont l’économie vise à leur fournir blé et bétail (le Tavoliere devient une région d’élevage transhumant).

La Trinacrie aragonaise, en guerre endémique contre la «Sicile» napolitaine, accuse une décadence encore plus profonde, qu’aggrave le repli politique de l’île (dont souffre surtout Messine). Au milieu du XIVe siècle, l’île, déjà dépeuplée et atteinte par la peste noire, se dissout entre les factions rivales de la noblesse, renforcées par la guerre, qui se partagent le Parlement comme le pays: pendant la minorité de la reine Marie (après 1377), quatre «vicaires» administrent l’île. En 1409, la Sicile passe sous le gouvernement direct du roi Martin d’Aragon; à partir de 1415, elle est gouvernée par des vice-rois. Les Aragonais, bien acceptés par les Siciliens qui ont fait appel à eux, considèrent l’île comme un élément de leur empire méditerranéen. Ils donnent à l’aristocratie locale et catalane des privilèges exorbitants qui annihilent toute possibilité de réforme, sans empêcher des révoltes locales (1516, 1517, 1523). La principale activité économique est l’exportation du blé en Espagne et en Afrique du Nord; les cités marchandes (Messine, Palerme, Trapani, Catane) dépendent largement de commerçants étrangers.

La période espagnole

À la mort d’Alphonse, Naples conserve des rois particuliers (de la famille d’Aragon) pendant tout le XVe siècle. La politique autoritaire et intelligente de Ferdinand Ier (Ferrante, 1458-1494) vise à développer le royaume (il embellit Naples à l’époque où se développe l’humanisme méridional) et atteint les privilèges des barons, qui conspirent avec les derniers Angevins et le pape. La politique résolument anti-aristocratique de son fils Alphonse II pousse Charles VIII de France à s’emparer du royaume (1494) avant d’être battu par Gonzalve de Cordoue: les guerres d’Italie, continuant les prétentions angevines, trouvent sur place une base sociale. L’expédition de Louis XII se solde aussi par un rapide échec (disfida di Barletta et bataille du Garigliano, 1503). Naples revient à Ferdinand le Catholique: le royaume, comme déjà la Sicile, gouverné par des vice-rois, devient une colonie espagnole. L’expédition de Lautrec (1527) est le dernier épisode français sérieux. La période espagnole, de 1415 à 1713 en Sicile, de 1504 à 1713 à Naples, marque, pour les deux viceregni , une semblable décadence, un peu plus tardive à Naples où les premiers vice-rois osent encore tenir tête à l’aristocratie. La crise de structure est aggravée par la conjoncture défavorable qui frappe toute l’Europe au XVIIe siècle. Le problème posé aux deux vice-rois est de tirer des deux pays le plus de ressources possible en argent (donativo ) et, surtout à Naples, en hommes d’armes, sans s’aliéner une aristocratie oisive et envahissante qui risque de voir diminuer ses propres ressources. Gouvernement et barons exploitent le même peuple de paysans réduits souvent à la misère la plus noire, dans des pays où la classe moyenne se réduit à de multiples catégories d’hommes de loi, à quelques gros exportateurs et à des banquiers vivant de la dette publique. La Sicile, qui s’est autrefois donnée à l’Aragon, n’est jamais anti-espagnole. Le vieux Parlement perd tout pouvoir au XVIIe siècle. L’Inquisition est introduite en 1487, les Juifs sont expulsés. La société sicilienne, simplifiée et domestiquée, ne réagit plus après les révoltes du début du XVIe siècle. Les vice-rois laissent l’aristocratie, qui ne fournit même plus de cadres militaires, développer ses droits féodaux; l’Église, immensément riche, et l’Inquisition jouissent de privilèges exorbitants. L’île, coupée de l’Afrique du Nord par la politique de Charles Quint et de Philippe II, subit sans arrêt les raids musulmans qui refoulent la population dans l’intérieur. L’ancien grenier à blé ne peut même plus nourrir une population réduite.

À Naples, où les Espagnols sont arrivés par la force, la situation est plus tendue: les institutions locales, Parlement du royaume, élus de la ville de Naples, officiers en grande partie régnicoles s’opposent plus fréquemment à des vice-rois parfois énergiques. La fin du XVIe siècle est marquée par des révoltes de la misère à Naples et dans les campagnes (parcourues par des bandes de brigands, tantôt révoltés, tantôt au service de l’aristocratie), qui motivent le rappel du vice-roi Olivares. L’État, extrêmement endetté, ne fournit les asistencias dues à l’Espagne qu’en aliénant les droits régaliens. Les gros négociants s’emparent des fiefs de la vieille noblesse dont la réaction est parfois violente.

Au milieu du siècle, d’une façon plus brutale mais plus courte que dans le reste de l’Europe, la crise éclate. À Naples, en juillet 1647, le pêcheur Masaniello soulève le peuple contre les «gabelles» et le mauvais gouvernement; il est tué, mais on fait appel au duc de Guise, descendant des Angevins, qui reste à Naples jusqu’en avril 1648. Des révoltes antibaroniales font écho à ce mouvement dans les provinces.

À Palerme, une émeute de la faim éclate la même année après de mauvaises récoltes. La Pilosa, chef du mouvement, est vaincu par les corporations d’artisans, à qui l’on donne de nouveaux privilèges. D’Alesi, qui relance le mouvement après la révolte napolitaine, finit par rappeler le vice-roi. Une révolte politique, autonomiste et oligarchique, éclate en 1674 à Messine, la ville la plus active de Sicile, éternelle rivale de Palerme, et qui, à cause de sa situation, n’a jamais accepté la rupture de 1282. Louis XIV aide les rebelles, avant de les abandonner en 1678 à une répression qui anéantit la cité.

Lumières et révolutions

La guerre de la Succession d’Espagne transforme la situation politique de l’Italie: les Autrichiens s’emparent en 1707 de Naples, dont le traité d’Utrecht (1713) leur reconnaît la possession, en donnant la Sicile à la Savoie. Pendant une vingtaine d’années, le sort des deux régions reste incertain: en 1718, la Sicile revient à l’empereur; en 1734, Charles, fils de Philippe V d’Espagne et d’Élisabeth Farnèse, conquiert le Midi; il est reconnu en 1735 (traité de Vienne) roi des Deux-Siciles, indépendantes et unies pour la première fois depuis Charles d’Anjou.

Le régime savoyard a tenté, pendant sa brève domination en Sicile, de nombreuses réformes; les Autrichiens, au contraire, ont besoin pour gouverner de l’ordre établi. Au reste, la structure du royaume ne se prête guère aux réformes; dans la première moitié du XVIIIe siècle, les deux tiers des Siciliens vivent sur des terres féodales; à Naples, le clergé (4 p. 100 de la population) possède peut-être le tiers des terres; les deux tiers de la Sicile sont incultes; le pays n’a pas de routes, mais il est partagé par des centaines de douanes et de péages; le brigandage est général. L’aristocratie accapare revenus et pouvoirs, au détriment d’un peuple auprès duquel «les Samoyèdes pourraient paraître civilisés» (Genovesi); Naples est devenue une gigantesque agglomération de mendiants. La classe moyenne de juristes (le royaume compte 26 000 docteurs) ne produit que peu d’idées nouvelles, si l’on en excepte Giambattista Vico (1668-1744); celles-ci n’apparaissent que sous les Bourbons: avant et pendant la minorité de Ferdinant IV (1759-1825), fils de Charles III, le ministre toscan Bernardo Tanucci lutte contre les privilèges ecclésiastiques et soumet les nobles à l’impôt. La reine Marie-Caroline et le ministre John Acton favorisent les philosophes, mais le libéralisme économique se heurte à l’hostilité paysanne. En Sicile, le vice-roi Domenico Caracciolo (1781-1786) tente en vain d’établir un cadastre et d’imposer l’égalité devant l’impôt.

La réaction contre la Révolution française freine la volonté de réformes. À Naples (où une escadre française vient en 1792), et même à Palerme, l’entrée du royaume dans la première coalition (juill. 1793) n’empêche pas les clubs de se multiplier. Le roi, après avoir fait la paix (1796), envahit la République romaine: en janvier 1799, le général Championnet entre à Naples, où la république est proclamée; le roi fuit en Sicile, où le mouvement jacobin est très faible. La république, protectorat français, se heurte aux mouvements royalistes des provinces; Nelson la vainc facilement. En 1801, la paix de Florence laisse aux Bourbons le double royaume. Mais l’attitude hostile de la reine Marie-Caroline entraîne, en février 1806, une nouvelle invasion française; la cour fuit à Palerme; Joseph Bonaparte (mars 1806), puis Joachim Murat (sept. 1808) deviennent rois à Naples, la Sicile, sous protection anglaise, restant aux Bourbons: le fossé se creuse entre les deux régions.

À Naples, la «décennie française» apporte de très profonds changements et des idées nouvelles: si la constitution promise de Bayonne par le roi Joseph n’est pas appliquée, la féodalité est abolie, l’administration locale transformée; le Blocus oblige à développer des cultures industrielles (coton). Bien que Murat, à partir de 1813, se détache de l’Empereur et veuille même se poser en champion de l’unité italienne, les Bourbons suscitent des mouvements légitimistes (soulèvement de la Calabre en 1806) que soutiennent des libéraux (la «Charbonnerie»).

La Sicile, siège de la cour des Bourbons, suit une évolution très différente sous l’autorité du commandant anglais lord William Bentinck, véritable tuteur de la monarchie grâce à son corps expéditionnaire fort de 17 000 hommes; c’est dans le respect des traditions qu’il tente de faire évoluer l’île, en transformant le vieux Parlement en une institution de style anglais (Constitution de 1812); les droits féodaux sont abolis. La massive présence anglaise, les réformes, le souci de développer l’économie de l’île font apparaître une classe bourgeoise libérale (moins importante certes qu’à Naples), mais sans transformer profondément une société particulariste et fermée.

L’institution par le Congrès de Vienne d’un royaume unifié des Deux-Siciles, le retour à Naples de la cour, violemment contre-révolutionnaire, en juin 1815 (Murat, débarqué en Calabre, est tué en octobre), attisent à Naples les mouvements libéraux et unitaires, en Sicile l’agitation particulariste. La Constitution est suspendue, l’Église retrouve une partie de ses privilèges. En juillet 1820, les carbonari , dirigés par le général Pepe, se soulèvent à Naples et obtiennent l’application de la Constitution espagnole; la révolte de Palerme est surtout dirigée contre Naples et Messine. Le Congrès de Troppau charge les Autrichiens de rétablir l’absolutisme (mars 1821); la répression, dirigée par le marquis de Canosa, est féroce. François Ier (1825-1830) et Ferdinand II (1830-1859), despotes parfois éclairés, ne comprennent pas les aspirations à l’unité italienne, dont ils auraient pu profiter: l’exécution des frères Bandiera, mazziniens débarqués en Calabre, condamne la monarchie (1844). La révolution sicilienne de 1848 est encore agraire, confuse et autonomiste, malgré la naissance dans l’île de sentiments pro-italiens (Amari, Crispi, La Farina); son extension sur le continent, où elle devient politique, oblige le roi à accorder une nouvelle constitution (abrogée en 1849). Le gouvernement, qui tente encore de moderniser le pays (télégraphe, chemins de fer), contrôle de plus en plus mal la Sicile livrée aux bandes paysannes, et ne survit qu’artificiellement. Aussi, Garibaldi, débarqué avec les Mille à Marsala le 11 mai 1860, n’a aucun mal à s’emparer de l’île, dont il se proclame dictateur; il passe le détroit le 20 août, reçoit Victor-Emmanuel le 26 octobre. Après les plébiscites, les Deux-Siciles sont incorporées au royaume constitutionnel d’Italie.

4. L’art de la Sicile

L’histoire tourmentée de la Sicile au haut Moyen Âge n’a laissé subsister qu’un petit nombre de monuments, en dehors des importantes catacombes chrétiennes de Syracuse, capitale byzantine de l’île. De l’époque musulmane, il ne reste que des fragments épars: un édifice très ruiné, voisin de Saint-Jean-des-Ermites de Palerme, a peut-être été une mosquée. Mais la puissante monarchie normande du XIIe siècle, mettant un terme aux invasions, a laissé une série de monuments combinant de façon originale les apports de l’art roman et les éléments indigènes (grecs et arabes). Ces édifices, palais et surtout églises, sont dus aux rois Roger II (cathédrale de Cefalù, Saint-Jean-des-Ermites et chapelle Palatine à Palerme) et Guillaume II (cathédrale de Monreale) ou à leur entourage: l’émir Georges d’Antioche construit Santa Maria dell’Amiraglio (la Martorana); l’émir Maion fait entreprendre San Cataldo. Cet art de cour dose savamment ses composantes selon les monuments et les époques.

L’élément arabe domine dans les palais, où le roi vit en émir; la salle de Roger II, à Palerme, le montre moins bien que les ensembles suburbains, cubes aveugles disséminés dans les jardins et les lacs, décorés de fontaines et de mosaïques (Zisa, Cuba). Il est plus discret dans les églises auxquelles il ne fournit que quelques éléments de décor (coupoles de Saint-Jean-des-Ermites et de San Cataldo, plafond à stalactites de la chapelle Palatine, inscriptions coufiques).

À l’art byzantin est entièrement due l’église orthodoxe de Santa Maria dell’Amiraglio; les basiliques ne lui empruntent guère que la décoration de mosaïques: ainsi la chapelle Palatine (sanctuaire) et la cathédrale de Cefalù, décorées sous Roger II par des artistes grecs; à la fin du siècle (Monreale, nefs de la chapelle Palatine), le programme byzantin est librement interprété par des mosaïstes latins.

Et les rois (surtout Roger II) soumettent cette décoration à une architecture latine: la forme très répandue de la basilique à trois nefs, les façades normandes à deux tours (Cefalù, Monreale), et même les chapiteaux historiés montrent que cet art composite a voulu être occidental.

Avec la seconde moitié du XIIe siècle, l’équilibre politique et culturel qui avait permis l’originale synthèse arabo-normande se dégrade peu à peu. Coupée du monde islamique, la Sicile suit désormais les voies d’un art souvent provincial, largement tributaire des formes et des styles septentrionaux, tantôt adaptés ou réinterprétés par des artistes locaux, tantôt transplantés sans nuance par des artistes étrangers. Elle reçoit beaucoup du dehors, et donne peu: Antonello de Messine au XVe siècle, Filippo Juvara au XVIIIe siècle sont les exceptions à la règle. Et ce courant d’immigration renforce encore le caractère officiel d’un art au service des classes dirigeantes, qui condamne la veine populaire aux domaines «mineurs»: témoin l’admirable musée de céramique de Caltagirone.

L’époque souabe

À partir de 1210-1220, la personnalité de Frédéric II marque nettement le caractère importé des modèles. Dans le domaine religieux, les Cisterciens et les ordres militaires transplantent dans l’île un gothique bourguignon à peine nuancé par un temps d’acclimatation en Italie méridionale. Seules en restent aujourd’hui des traces, dans des édifices remaniés ou des constructions inachevées: à Messine, Santa Maria degli Alemanni, annexe de l’hôpital des Teutoniques, conserve les piliers et l’amorce de la croisée d’ogives, tandis que, près de Carlentini, les restes de la basilique du Murgo, interrompue à trois mètres du sol, témoignent le mieux de ces projets grandioses.

De son côté, l’empereur «éclairé» quadrille l’île d’un solide réseau de forteresses. À Catane (castello Ursino), à Syracuse (castel Maniace), à Augusta, fondée par lui, leur masse carrée, renforcée de tours d’angle, rappel vraisemblable de l’architecture militaire omeyyade, proclame la vigueur d’un pouvoir militaire répressif, affirmé par une véritable croisade à l’intérieur du pays.

L’époque aragonaise

À la faveur des changements dynastiques, des guerres civiles et de l’affaiblissement du pouvoir royal, l’autonomie insulaire profite surtout à la classe féodale qui regroupe autour de ses châteaux une population réduite en nombre et transforme en ville ses palais fortifiés. La famille Chiaramonte, dont la puissance domine tout le XIVe siècle, élève ou restaure ainsi, de Mussomeli à Vicari, de Montechiaro à Favara, une bonne dizaine de châteaux, et édifie à Palerme son palais de la piazza Marina (l’Hosterium, lo Steri), célèbre par les plafonds peints de la grande salle, illustrés de scènes bibliques et chevaleresques par trois peintres locaux, Simone da Corleone, Cecco di Naro et Darenu da Palermo. Alors que les volumes dépouillés des murailles renouent avec le goût arabe pour la nudité géométrique des surfaces, toute une série d’éléments gothiques, voûtes d’ogives des salles et des chapelles, arcs aigus des portes, fenêtres géminées et triforées, sont réutilisés librement, hors de leur contexte: premier exemple d’une dissociation que l’on retrouvera fréquemment entre les éléments décoratifs et les partis pris structuraux d’un style.

Au moment où elle se coupe ainsi de l’extérieur sur le plan architectural, la Sicile fait largement appel aux artistes et aux décorateurs étrangers. Mosaïstes byzantins à Santa Maria della Valle et à la cathédrale de Messine. Sculpteurs toscans: Nino Pisano à Trapani (Madone de l’Annunziata), Bonaiuto Pisano à Palerme (palais Sclafani), Goro di Gregorio, de Sienne, à Messine (tombeau de Guidotto de Tabiatis, à la cathédrale). Peintres italiens (Antonio Veneziano, Gera da Pisa) et catalans (Guerau Janer, auteur du retable de Monreale). Vers la fin du siècle, leur succès devient si grand qu’ils tendent, comme Nicolo di Magio et Gasparo da Pesaro, à s’installer durablement dans l’île, tandis que, sur les grands chantiers de l’époque antérieure, à la cathédrale de Palerme comme à Cefalù, les tailleurs de pierre siciliens (intagliatori ) expriment leur libre fantaisie dans les détails laissés à leur expérience (encadrements des portes et des fenêtres).

Le Quattrocento

Replacée dans l’orbite politique et économique catalane, la Sicile sort de son isolement architectural pour accueillir à nouveau l’art gothique, un gothique tardif, sous ses deux formes alors dominantes: gothique napolitain «durazzesque», caractérisé par des arcs surbaissés et la préférence accordée aux plafonds sur la voûte d’ogives (représenté principalement autour de Messine, on le retrouve au portail du palais archiépiscopal de Palerme), mais surtout gothique catalan, dont les formes plus strictes s’intègrent et se prolongent dans une ornementation minutieuse; ses arcatures infléchies, ses archivoltes multiples, surmontées de fleurons, ses entrelacements de feuilles et de fleurs stylisées dominent dans les villes du Sud-Est, de Modica à Syracuse, mais ornent aussi, à Palerme, la fenêtre du même palais archiépiscopal, le portail de la chapelle La Grua-Talamanca à Santa Maria di Gesù, ou même le portail méridional de la cathédrale. Mais ces styles gothiques complètent plus qu’ils n’effacent les traditions antérieures, que soutient une architecture civile dynamique: les palais Corvaja et Ciampoli à Taormina, les palais Bellomo, Lanza et Gargallo à Syracuse en sont les meilleurs témoins.

De toutes ces traditions, de tous ces apports nouveaux, Matteo Carnilivari de Noto réussit à la fin du siècle une synthèse originale. La rigueur de la composition, la sobriété de la décoration, l’élégance des portiques encadrant les cours, illustrées à Palerme même par les palais Abbatelli (actuelle Galerie nationale) et Aiutamichristo, imposent un exemple qui sera longuement suivi par les artistes locaux, notamment pour les portiques de Santa Maria della Catena et de Santa Maria la Nova.

À travers les peintres espagnols et italiens, plus nombreux que jamais et désormais à demeure, la Sicile reçoit l’écho tardif et souvent partiel de la Renaissance toscane, et celui, plus fidèle peut-être, de la peinture valencienne et catalane. De façon significative, la question des influences (espagnole, provençale, ou napolitaine?) qui ont marqué le maître inconnu de la grandiose fresque du Triomphe de la Mort divise encore les critiques. La même incertitude plane sur la formation d’Antonello, né à Messine vers 1430, et que la tradition s’est plu longtemps à arracher à l’île: ses séjours assurés à Naples et à Milan (vers 1450-1456), à Venise (vers 1475), la leçon de la peinture flamande, de Van Eyck notamment (sans doute connu à Milan à travers Petrus Christus), et celle de Piero della Francesca ne diminuent en rien l’originalité d’une vision qui, par l’éclat de la couleur et la plénitude de vie immobile des êtres et des choses, équilibre la tension entre une figuration réaliste et une transfiguration lyrique. Sa réussite, attestée en Sicile même par les admirables Annonciation de Syracuse et Madone de Palerme, ou encore le Portrait d’homme de Cefalù, et prolongée par toute une école, rejette au second plan les œuvres plus éclectiques de Marco Costanzio, de Tomaso De Vigilia, ou de P. Ruzzolone (Le Christ en croix , de Termini).

Après 1450-1460, la sculpture est à son tour complètement renouvelée par l’arrivée d’artistes italiens. Des deux plus grands, Francesco Laurana et Domenico Gagini, venus en Sicile après avoir travaillé à Naples à l’Arco du Castel nuovo, le premier ne resta que quelques années (chapelle Mastrantonio à San Francesco de Palerme, buste d’Éléonore d’Aragon, madones de Palazzolo Acréide et du musée de Messine), mais le second fit souche à Palerme et fut à l’origine de toute une dynastie de sculpteurs et d’architectes: sa fortune commerciale est celle d’une mode élégante et maniérée, dont l’immigration massive de tailleurs de pierre lombards généralise la principale nouveauté, l’emploi du marbre de Carrare, qui tend à remplacer le tuf calcaire.

En marge de la Renaissance ?

Les succès mêmes de la fin du XVe siècle contribuent à bloquer durablement l’art insulaire sur des formules de répétition. Même les meilleurs n’échappent pas à l’éclectisme. Tandis que se perd peu à peu la leçon d’Antonello, des peintres comme Cesare da Sesto, Polidoro da Caravaggio ou Vincenzo da Pavia diffusent dans l’île, avec plus de métier que d’originalité, telles autant de recettes formelles, les enseignements de Léonard de Vinci et de Raphaël, et Simone de Wobreck ceux du maniérisme flamand.

Architecte et sculpteur; comme après lui les Carrarais Mazzola et Calamecca (auteur de la grande statue de don Juan d’Autriche à Messine), Antonello Gagini (1478-1536), fils de Domenico, illustre la lenteur, la prudence avec laquelle s’effectue sur le modèle toscan et romain le renouvellement des formes. À la tête du plus prolifique des ateliers, il ne se détache lentement de la tradition paternelle que pour multiplier statues et bas-reliefs, dont le calme et l’équilibre flattent, sans audace novatrice, le goût général. Formé à l’école de Brunelleschi, il rythme sobrement les façades de Santa Maria de Portosalvo, à Palerme, de pilastres élancés, de colonnes et de chapiteaux, de corniches et de frontons: recette répétée, comme un cliché, à des dizaines d’exemplaires, par une foule d’imitateurs, et d’abord par ses fils et petits-fils. Mais les intérieurs des églises restent fidèles à l’ancienne tradition du plan basilical ou du double transept. En fait, les styles sont plus souvent juxtaposés que fondus. On retrouve ainsi à Santa Maria la Nova, construite à Palerme entre 1530 et 1590, un portique catalan emprunté à l’église de la Catena, les arcs en plein cintre, les colonnes, les fenêtres inspirées de Gagini, un chœur octogonal surmonté d’une coupole imité de Bramante. Et il faut attendre la seconde moitié, sinon le dernier quart du siècle pour que triomphe enfin la Renaissance classique, déjà solidement établie autour de Messine avec la diffusion des traités de Serlio et de Vignole, et l’action décisive des ordres religieux.

De la Renaissance au baroque

Malgré la succession des styles, la période 1575-1750 est celle de l’unité retrouvée: la plus grande époque de l’art sicilien depuis la synthèse arabo-normande. Elle voit en effet la promotion et le primat de l’architecture, et plus encore de l’urbanisme. Toutes les villes engagent des programmes grandioses. Palerme fait reconstruire par le Florentin C. Camilliani la fontaine toscane des Toledo sur la piazza Pretoria, prolonge jusqu’à la mer l’axe majeur de la cité (le Cassaro), ouvre, vers 1600, l’axe perpendiculaire de la via Maqueda qui écartèle la ville, mais lui donne aussi au centre, les Quattro Canti. Messine dresse le long de la mer, à partir de 1623, la façade théâtrale de la Palazzata (détruite en 1908). Au même moment, Caltagirone élève de la ville basse à la ville haute un immense escalier, la Scala. Même la campagne, avec la fondation autoritaire des bourgs seigneuriaux de colonisation, imite les modèles urbains. Et quand, en 1693, le tremblement de terre détruit tout le sud-est de l’île, l’occasion est aussitôt saisie, comme si on l’eût attendue, pour effectuer des reconstructions systématiques: à Noto, à Avola, à Grammichele, le choix d’un site nouveau laisse encore une plus grande liberté pour réaliser les schémas géométriques, hexagonaux ou orthogonaux, de la ville idéale; à Catane, le soin revient à l’architecte de tirer tous les partis possibles du réseau «anti-sismique» des places. Ce qui s’affirme ainsi avec une belle continuité depuis la fin du XVIe siècle, c’est la recherche d’une vision organique et unificatrice de l’espace urbain, clairement ordonné pour les processions et les fêtes.

L’extraordinaire dynamisme bâtisseur des ordres religieux (Jésuites, Théatins, Bénédictins...) en fait les principaux animateurs du renouvellement architectural. Formés le plus souvent à Rome, dans leurs maisons mères, leurs architectes, qu’ils soient ou non d’origine sicilienne, y acquièrent un bagage théorique qui manquait aux constructeurs de l’époque antérieure. Ils appliquent avec rigueur et homogénéité les solutions romaines, classicisme « maniériste » jusqu’au milieu du XVIIe siècle, baroque ensuite, la nuance borrominienne l’emportant avec Vaccarini après 1720. Tel est le prestige de ces architectes, tous religieux, P. et G. Amato, A. Italia, T. M. Napoli, qu’ils dirigent aussi nombre de constructions civiles, comme les palais Cattolica et Bonagia ou les villas Valguarnera et Palagonia: cela au moment où l’aristocratie foncière, de vieille ou nouvelle souche, s’installe elle aussi dans ce schéma urbain renouvelé, établit ses palais le long des rues nouvelles, et dans les banlieues ses villas de campagne, dont la Conca d’Oro, autour de Bagheria et dans la plaine des Colli, regroupe l’ensemble le plus célèbre.

Urbanisme et architecture soumettent les autres arts. Car la proclamation du prestige aristocratique emprunte souvent les mêmes formes qu’une religion fastueuse, tendue vers l’exaltation d’un Dieu souverain: tous les éléments du décor s’y retrouvent intégrés dans une mise en scène somptueuse. Une extraordinaire vague de statues, de fresques et de peintures, de meubles et d’orgues, d’autels et d’ornements religieux déferle partout, abolissant toute distance entre l’architecture civile et l’architecture sacrée, entre l’église et le palais, dont les façades animent un environnement urbain scandé de fontaines et de trophées de marbre.

C’est dans ces arts du décor que se manifeste avec le plus d’indépendance l’originalité des artistes locaux échappant au moule continental. Car l’audience d’un Caravage ou d’un Van Dyck, qui font tous deux de brefs séjours dans l’île, reste limitée à des peintres de second rang, parmi lesquels tranche seul P. Novelli. Giacomo Serpotta, né d’une famille de sculpteurs, développe au contraire dans d’innombrables stucs toutes les possibilités d’une mise en scène mouvementée et musicale, mais aussi la fantaisie imaginative d’une tradition de plastique populaire qui irait de Ferraro da Giuliana, à la fin du XVIe siècle, aux célèbres «monstres» dansant sur les murs de la villa Palagonia.

Par comparaison, malgré certaines réussites de la seconde moitié du XVIIIe siècle, celle de l’architecte Marvuglia à San Martino delle Scale, ou celle d’I. Marabitti à Monreale, avec l’Apothéose de saint Benoît , le moment baroque signe le point d’arrivée de l’art sicilien. L’île se contente de suivre avec réticence les modes du continent, et d’abord le néo-classicisme qui domine avec la présence de la cour pendant les premières années du XIXe siècle. Bientôt intégrée dans l’Italie unifiée, elle verra partir, sans désir de retour, les meilleurs de ses artistes vers les centres de création de Rome ou de Milan.

5. L’économie de la Sicile contemporaine

Les caractères de l’agriculture

À la céréaliculture extensive qui occupe l’essentiel des surfaces cultivables s’opposent en Sicile diverses formules d’arboriculture et de légumiculture intensives qui portent sur le dixième de la surface cultivée. L’élevage n’a qu’une place limitée.

Le domaine céréalier coïncide presque exactement avec la Sicile intérieure: campagnes nues où les rares vergers d’amandiers et d’oliviers sont fixés sur des plaques de calcaire ou de grès, et où les labours sont, à chaque saison humide, menacés par l’extension des franes. La culture du blé dur et de l’orge est conduite en jachère biennale; mais il arrive que la seconde sole porte au printemps une culture de fèves, comme en Afrique du Nord. L’île produit ainsi environ 9 millions de quintaux de céréales avec des rendements rarement supérieurs à 10 quintaux par hectare. La population (4 989 871 hab. au recensement de 1991) est pourtant très dense (194 hab./km2) et se rassemble, surtout à l’ouest, dans d’énormes villages, imposant aux paysans de longs déplacements jusqu’à leurs champs. Le morcellement récent des grandes exploitations n’a pas conduit à la dispersion de l’habitat, mais il a entraîné la décadence de l’élevage extensif: rien n’est plus différent de la Sardaigne pastorale que cette Sicile céréalière.

Les activités sont plus variées dans le reste de l’île. Les productions d’huile et de vin représentent moins du dixième du total italien, mais elles sont rarement assurées par des régions spécialisées, sauf le vignoble du Sud-Ouest et l’oliveraie d’Agrigente. L’agrumiculture des rivieras nord et est participe d’une tradition ancienne vivifiée par la demande du marché européen: elle retient un travailleur agricole sur cinq en couvrant seulement 50 000 hectares; mais elle laisse une place aussi à des spéculations plus récentes que soutiennent l’amélioration des liaisons routières avec l’Italie continentale et la création de conserveries; la culture des tomates dans la plaine de Milazzo en fournit un exemple. Cependant, l’étroitesse des périmètres irrigués modernes (Gela, Catane) limite la valorisation d’atouts climatiques qui permettraient de faire de la Sicile une des grandes bases légumières et fruitières du reste de l’Europe.

Les structures agraires opposent d’ailleurs un obstacle considérable à la modernisation. Dans les plaines côtières du Nord, siège d’une agriculture intensive, capable, grâce à une savante utilisation des eaux d’irrigation, de fournir plusieurs récoltes par an, la luxuriance des vergers et des champs de légumes recouvre des structures foncières très inégales: la minuscule propriété est fréquente et ses dimensions ne peuvent garantir son autonomie; la terre est souvent, notamment près de Palerme où dominent les agrumes, propriété de la bourgeoisie urbaine. Quant au vignoble de Trapani et Marsala, il est mieux équilibré, car la division spontanée du latifondo a permis de former des exploitations stables.

En Sicile orientale, la plaine de Vittoria associe au coton diverses cultures méditerranéennes (fenouil, poivron, aubergine); les versants de l’Etna, colonisés dès que les laves sont altérées, portent des agrumes, des légumes, des raisins; et les monts Iblei associent à une polyculture sèche, fondée sur la vigne, les céréales et l’amandier, un élevage moins extensif que dans le reste de l’île.

Les germes de l’industrialisation

La rente foncière prélevée sur les campagnes par les grands propriétaires civils et religieux a assuré la construction de villes monumentales. Mais Palerme (734 238 habitants au recensement de 1991), Catane (364 176 hab.), Messine, Syracuse, Marsala et Trapani, Caltanisseta, Raguse et Gela doivent beaucoup de leurs habitants à l’afflux de paysans sans terre ni travail qui y rejoignent un prolétariat urbain dont une partie survit grâce à de petits trafics sans continuité. Ce délabrement social exprime la fragilité des structures du commerce et de l’industrie autochtones.

Les industries extractives (sel, soufre), alimentaires, textiles ou mécaniques d’origine locale sont en perte de vitesse, car elles reposent sur des bases trop étroites. Mais l’extraction de la potasse (Agrigente) et du pétrole (Gela, Raguse), la position maritime de l’île et ses énormes réserves de main-d’œuvre ont attiré les grandes entreprises capables d’utiliser les crédits publics. Le commerce avec l’Afrique et le Proche-Orient aussi bien que le raffinage du pétrole local ou importé à Gela, à Augusta et à Milazzo ont entraîné la création d’industries chimiques (ammoniaque, engrais, plastiques), ainsi que de cimenteries. Ces grosses installations qui ont accéléré l’urbanisation ne fournissent encore que quelques dizaines de milliers d’emplois sans effets multiplicateurs notables. Tout différent est le développement de Catane, fondé sur de petites unités, animé par des entrepreneurs locaux et destiné à fournir le marché insulaire.

La concentration des investissements dans la zone orientale, qui dispose aussi de la majorité des équipements touristiques, alors que Palerme, capitale régionale, regroupe l’appareil administratif, tend à perpétuer les distorsions internes de la Sicile: à l’est, un secteur plus ouvert aux influences extérieures; à l’ouest, une partie de l’île plus reculée où la mafia contribue à maintenir des structures sociales très inégales.

Sicile
la plus vaste et la plus peuplée des îles de la Méditerranée, séparée de la péninsule italienne par le détroit de Messine. Région d'Italie et de la C.E.; neuf prov.: Agrigente, Caltanissetta, Catane, Enna, Messine, Palerme, Raguse, Syracuse et Trapani; 25 708 km²; 5 141 340 hab.; cap. Palerme. Géogr. et écon. - Montagneuse et volcanique au N. et au N.-E. (Etna, point culminant de l'île à 3 295 m), comprenant des collines au centre et au S.-O., la Sicile n'a qu'une grande plaine à l'E., à Catane. Le climat méditerranéen, aux étés longs et secs, est plus aride au S. La pop. se concentre sur les littoraux, très urbanisés, où elle pratique polyculture irriguée, viticulture (Marsala) et pêche. à l'intérieur, elle reste très rurale (céréales, moutons, olives, amandes). La potasse (Agrigente), le pétrole (Gela et Raguse), quelques complexes industriels (pétrochimie, cimenteries), l'essor du tourisme et les aides de la C.é.E. ont freiné l'émigration séculaire. Hist. - Lieu d'escale pour les Phéniciens (IXe s. av. J.-C.) puis colonisée par les Carthaginois (partie O.), la Sicile ("grenier à blé") reçut des colons grecs dès la fin du VIIIe s. av. J.-C. (à Naxos, sur la côte E.). Syracuse devint la cité la plus importante (dès le VIIe s. av. J.-C.). Les diverses cités (qui, avec celles d'Italie du Sud, formaient la Grande-Grèce) se firent une guerre continuelle et la plupart eurent à leur tête des tyrans. L'apogée de la Sicile grecque se situe au Ve s. av. J.-C.; en 414-413, l'île fut le théâtre d'une désastreuse expédition des Athéniens contre Syracuse, dont la victoire établit pour longtemps son hégémonie sur l'île. Enjeu de la première guerre punique, la Sicile devint une prov. romaine (241 av. J.-C.). Révoltée, elle fut définitivement soumise après la prise de Syracuse (212 av. J.-C.) et son blé nourrit Rome. Après la chute de l'Empire romain, la Sicile fut envahie par les Vandales (439 apr. J.-C.), puis par les Ostrogoths (491). Conquise par Bélisaire (535), rattachée à l'empire d'Orient, l'île subit dès le VIIe s. les incursions des Arabes, qui la conquirent au IXe s. (à l'exception du N.-E.). Les Normands la leur prirent (1061-1091). Le royaume de Sicile ainsi formé, siège d'une brillante civilisation cosmopolite, passa aux Hohenstaufen (1194-1266), puis à la maison d'Anjou, enfin, après la révolte des Vêpres siciliennes, à la maison d'Aragon (1282), qui fonda en 1442 le royaume des Deux-Siciles. (V. aussi Naples.) Après avoir été successivement espagnole, savoyarde, autrichienne, la Sicile échut aux Bourbons de Naples en 1734. Conquise par Garibaldi en 1860, elle vota son rattachement au Piémont. Elle reçut en 1948 un statut d'autonomie régionale. La Sicile pose le problème permanent de sa pauvreté et des agissements de la Mafia.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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